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2 - LE FLOTTAGE DU BOIS

LES FLOTTES

La forêt est depuis l’Antiquité source de bienfait pour l’homme ; son exploitation lui permet au cours des siècle de pouvoir s’assurer subsistance et protection. 
Dès le début du 14ème siècle, le commerce du bois fait l’objet d’une activité considérable dans le secteur comme la région. Cette matière entraîne toute une série d’activités liées à son exploitation : charbonniers, bûcherons, tâcherons, scieurs, voileurs assurant le flottage. 
Raon l’Étape est aux 17ème et 18ème siècles le berceau du flottage des bois sur la Meurthe. L’idée de déplacer sans peine, à la force de l’eau, de lourdes pièces de bois en l’abandonnant au courant des cours de rivières. Ainsi du Moyen-âge à la fin du 19ème siècle, c’est par cette eau que sont acheminés les bois de chauffage, lancé à bûche perdue. Le bois de charpente et de construction (billes et planches) sont attachés en voiles formant des trains pouvant atteindre 60 à 75 mètres de longueur. Ce bois ne progresse par voie d’eau qu’après avoir séché durant un an sur le chantier des scieries. Dans le secteur, le flottage se pratique sur la Meurthe et ses six affluents : la Fave, le Taintroué, la Valdange, le Rabodeau, la Ravine et la Plaine, petites rivières à faible débit de 1 à 3 m3/s et à largeur réduite de 4 à 8 mètres. 


Les flottes sont mises en rivière à Sainte-Marguerite, Saint-Dié et Raon l’Étape qui est le grand port de transit du bois et aux planches des Vosges. De là, arrivent des montagnes les flottes légères où sont formées et partent ensuite les grandes flottes conduites par des «oua-lous». Elles sont lancées sur la Meurthe à destination de Lunéville et Nancy puis sur la Moselle vers Pont à Mousson, Metz, Thionville. A cette dernière ville est établi un gros dépôt de bois et de planches vendus dans la région ou exportés vers l’Allemagne et les Pays-Bas par la Moselle et le Rhin. 
Après une période de marginalisation, l’activité traditionnelle du flottage, profondément enracinée dans le bassin de la Meurthe et notamment à Raon l’Étape, ville natale de tous les flotteurs, retrouve une nouvelle force au 19ème siècle. Elle atteint son apogée sous le second Empire. 
Instituée en service public, elle participe à l’évolution d’une industrie nationale en pleine expansion et consommatrice de bois. Puissants, régnants en dominants sur les cours d’eau, les patrons de plus de 300 flotteurs raonnais dictent leurs lois de l’offre puis de la demande au niveau de la main d’œuvre et des industriels. Il est répertorié jusqu’à 18 maîtres flotteurs, 40 ouvriers de port durant neuf mois de l’année en 1846 et ayant vers le milieu du 19ème siècle, assurés le transport de 80000 tonnes de bois par an. Le dernier train de bois formé dans le canal des Châtelles à Raon l’Étape est lancé en février 1905. Leur destin est balayé à la fin de ce même siècle par la création puis l’arrivée du chemin de fer, transports plus rapides. 
Ainsi toute corporation disparaît. Seul, l’ouvrage du barrage réalisé pour le départ des trains de bois est toujours utilisé aux papeteries de Raon (METTENET) mais les vannes sont quelque peu modifiées.


Flottage du bois

MARCHE D'UNE FLOTTE

Le débit des petits cours d’eau sont souvent insuffisant pour emmener les trains de bois. Les flotteurs ont alors recours à des retenues ou écluses pour provoquer « le ban » : départ de l’eau. Ils ferment les barrages, ouvrent les biefs des usines moyennant ou non un droit d’usage à payer. Sur les petits cours d’eau, il existe des retenues spéciales pour opérer des éclusées de quelque importance. Sur la Meurthe, le flottage est interrompu en moyenne pendant deux mois et demi par des gelées et huit jours par les crues. Les flotteur doivent parfois payer des droits de pasage : c’est le cas en 1865 pour les flotteurs qui passent sur la Meurthe au moulin de Remomeix (0,10 f), aux grands moulins de Saint Dié (0,20f), au moulin Denis en aval de la ville (0,20 f) et sur le Rabodeau à l’usine de Houx à Senones (0,15f).

LES LI WOI-LOUS (en patois) prononcé « Oua-lous »


Un métier dangereux

A cette période, le transport du bois s’opère donc par la voie de l’eau. Important port de transit, Raon récupère ainsi les flottes légères descendant des cours d’eau de montagne et les plus grandes, composées des trains de bois constitués sur la Meurthe à destination de Nancy, Metz ou Coblence. Ces trains sont guidés sur l’eau par les flotteurs « oua-lous ». 
La majorité des flotteurs sont d’origine raonnaise et il ne s’en recrute guère ailleurs. La ville compte 350 flotteurs en 1864 qui ont le monopole du pavillon dans tout le bassin de la Meurthe. 
Le travail des flotteurs ou voileurs «oua-lous» est dur et dangereux puisque le flotteur qui commence à travailler à 14 ans est souvent un invalide au moment de la circonscription à 20 ans. Ces hommes exposés aux pires dangers font de Saint-Nicolas leur patron et sont les seuls par leur déplacement à connaître la basilique de Saint Nicolas de Port (54), objet d’une vénération particulière pour eux. Réputés pour avoir une mentalité d’insubordination leur profession consiste par tous les temps à descendre la rivière, passer ponts et vannes, des opérations toujours difficiles et périlleuses pour arriver dans le port aux Planches de transit à Raon. 
Sur les rives de la Meurthe s’arrêtent les flottes légères, venues des autres cours d’eau. En ce lieu, elles sont transformées en grandes flottes qui descendent la Meurthe. Ces flotteurs ou voileurs sont pris à gages par des maîtres flotteurs qui traitent avec les marchands. Les flotteurs partent alors sur ces gigantesques trains de bois jusque Metz (57). Ils ne descendent pas au-delà puis regagne ensuite Raon l’Étape à pied.

TYPES DE FLOTTAGE

Il s’effectue selon la nature du bois. Le flottage à « bûche perdue » ou « boloyage » ou encore «la baulée». En avril après l’hiver et la fonte des neiges, le bois de chauffage est lancé à la rivière. La trajectoire des bûches est peu contrôlable et elles s’éparpillent dans les près et canaux d’irrigation pouvant se coincer dans les vannes et turbines. Ce flottage sert principalement à alimenter en bois, les fours de la cristallerie de Baccarat (54). 

Le flottage des planches : le travail du flotteur commence au port où sont déchargées les planches qui viennent des scieries. Sur la berge pentue, l’ouvrier constitue sa flotte. Il superpose d’abord dix planches de quatre mètres de long. Il les solidarise avec des «harts» qui sont des liens formés de jeunes pousses de sapin écorcées de trois ans d’âge, de chêne, de hêtre ou de charme. A l’époque cette méthode est réprimée par le service des eaux et forêts, certains se retrouvent même en prison. Les planches supérieure et inférieure sont «cranées» pour empêcher le glissement des «harts». Les paquets ainsi constitués sont appelés «tronces». Ensuite cinq à six tronces sont accouplées au moyen de deux traverses liées avec les extrémités des «harts», l’une à l’avant, l’autre à l’arrière. Cette réunion de tronces sont nommées «bosset». Enfin la «flotte» ou «train» est formée de 16 «bossets» minimum (28 à 30 pour les plus longues), attachés bout à bout par des hards tordues ensembles. Il est réalisé l’articulation d’un bosset à l’autre en avançant la planche supérieure préalablement percée à l’avant des deux tronces centrales du bosset suivant.. Ce trou permet le passage d’une cheville butant contre la seconde traverse du bosset précédent. Le flotteur de tête, debout sur le deuxième bosset manœuvre la flotte grâce à un arc boutant, sorte de gouvernail formé de trois planches superposées faisant bras de levier sur le premier bosset pour le relever afin d’éviter chocs de fond et racines. Ces bossets sont protégés aussi contre les choc des berges. Le flottage du bois d’œuvre ou de «marronnage» sont des bois écorcés et sommairement équarris par des «marnageurs». Les flots se font d’après les même procédés en assemblant par des traverses et des harts quatre à six tronces ou pièces de bois de même longueur. Les bossets les plus courts sont placés en tête et les gros à la queue, souvent une seule pièce. Ceux-ci surnagent mieux donnant l’impulsion au train.

CONDUITE D'UNE FLOTTE

Trois hommes suffisent afin de conduire une flotte : le flotteur de tête sur le second bosset guide son train à l’aide de l’arc boutant, une perche appelée «cheval» (paquet de planches gouvernail). Cette perche est attachée à la tête du premier bosset et prend appui sur la tête du deuxième, jouant le rôle de gouvernail. Les deux autres flotteurs munis de «gaffes» appelées «forets», guident l’ensemble du train, tantôt parcourant les berges ou sautant sur le train lui-même. Si le train s’arrête, se bloque dans une courbe, il faut le dégager, opération assez difficile et dont pour faciliter, les riverains sont d’ailleurs tenus de laisser libre sur chaque rive un espace de 1.30 mètre de largeur pouvant servir de marchepied.. L’arrêt d’une flotte étant une opération désastreuse pour une berge. Il est adapté à la queue de chaque flotte de planches ou de bois, une sorte de câble de 3 à 4 mètres de longueur appelé «chavotte». Celle-ci formée par plusieurs harts tordus ensemble comme une corde de trois à quatre brins. Un bout est fixée à la flotte et l’autre bout à un fort piquet. Elle permet d’arrêter la flotte où un flotteur saute alors à terre, enfonce le piquet dans le sol de la rive en se portant en avant pour retenir à deux mains la tête du piquet en arrière. Il faut répéter à plusieurs reprises cette manœuvre afin que la flotte stoppe, déchirant, labourant littéralement le sol même à faible vitesse de 3 à 5 km/h. Sachant qu’un train pèse entre 30 et 50 tonnes. Arrivée à destination, l’équipée de flotteurs, infatigables marcheurs agiles et endurants, doivent songer à un retour à pied : trajet d’environ 200 km en moins de quatre jours pour regagner leurs foyers et reprendre une nouvelle flotte.

MARCHE D'UNE FLOTTE

En montagne, la pente du sol précipite les flots vers les plaines formant des torrents. La seule façon de rendre la navigation d’un radeau possible est d’édifier des barrages de proche en proche. Au milieu se trouve une écluse. L’eau s’accumule dans l’étang supérieur jusqu’à l’arrivée d’un train ou les flotteurs provoquent le «bran» : départ d’une importante masse d’eau libérée en un seul moment. Munis de gaffes, ils empêchent la flotte de heurter les bords et les poteaux de canaux. La faculté de se tenir en équilibre est une qualité supplémentaire que le flotteur doit posséder. La marche d’un train se fait ainsi par brans successifs sur les cours d’eau. Ces ouvriers sont fréquemment dans l’eau jusqu’à mi-corps mais aussi à plat ventre pour passer sous les ponts. Adresse, sang-froid, force, caractérisent ces hommes au métier dur. L’activité varie selon les saisons. Souvent arrêtée en hivers, une brusque reprise a lieu au printemps avec la fonte des neiges et se poursuit en été sauf en cas de sécheresse. Les revenus annuels sont précaires et irréguliers condamné par la nature du temps. Une seconde activité est ainsi exercée par cette corporation. Quant aux accidents, ils sont nombreux dans cette profession : fractures, difformités, hernies, varices sont le lot des flotteurs. Les anciens «oua-lous» sont souvent boiteux et éclopés. Cette population est en majorité désoeuvrée, liée au chômage durant les mois inertes ainsi fertile pour l’alcoolisme où on se rencontre dans les cabarets pour se distraire, boire, jouer, discuter...

LA FÊTE D'ANTAN

A l’époque des «oua-lous», les gens de Raon l’Étape mettent leur confiance à la puissance de Saint-Nicolas qui protège leur nation et qui garde des périls leurs enfants et leurs maris lorsque vers le pays bas, ils conduisent les radeaux de bois. Le 6 décembre est regardé comme une seconde fête nationale. 
Ce jour-là, l’antique corporation des flotteurs qui fait l’honneur et la prospérité de la ville, se presse pour fêter l’anniversaire de leur Saint Patron. Les «oua-lous» vêtus de leurs habits de velours bruns à côtes, coiffés d’amples feutres, vont dévotement entendre la messe et prier pour leurs écrasés dans les descentes de bois périlleuses ou noyés dans les tourbillons traîtres des eaux grossies. 
A l’issue de la messe, c’est la dispute à coups d’enchères de la Sainte Image enluminée, ramenée solennellement chez le vainqueur dont elle doit protéger durant une année le foyer, les voyages lointains vers Nancy, Metz.



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